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Deuzeffe pose (toujours) des questions

24/06/2017 09:12

Le Labo Walrus : livraisons deuxièmes

Quatre nouveaux produits[1] sortis du Labo, début juin. Et même s'il ne s'agit pas de faire découvrir aux foules en manque de lectures des créateurs jusqu'ici inconnus (de la foule), heureuse surprise de n'en connaître aucun. Il en découle une plus grande tolérance de la lectrice[2]. Peut-être. C'est à voir.

Exposés sur la paillasse[3], dans l'ordre :

  • Quelque chose (Camille Eelen) : pas très judicieux de le placer en tête de gondole et de le lire en premier, tant ce texte est d'une qualité exceptionnelle. Une expérience au LHC qui s'emballe, l'humanité qui disparaît peu à peu, le dernier humain vivant qui témoigne de la fin. Dans un propos subjectif, avec une écriture acérée, sèche, haletante, précise, un style percutant. Pile-poil dans la veine Pulp des éditions Walrus.
  • Porteuses d'étoiles (Célia Flaux) : de la science-fiction, où il est question d'élues, intimes avec les étoiles. Le propos est plaisant, mettant en scène une femme salvatrice, venant à bout des stéréotypes et préjugés. Le traitement, en revanche, est banal, presque brouillon ; le style est commun. Bien dommage.
  • Vous prendrez bien un verre ? (Machin) : le bar de StarWars, avec beaucoup moins de monde, de fumée et de bruit ; tenu par une étrange créature, fréquenté par un bizarre quidam se goinfrant de mets extragalactiques. Ça finit mal. Je n'ai pas accroché.
  • Le dernier sortilège (Fabien Rey) : on imagine se trouver dans la grande salle de l'université de l'Invisible à Ankh-Morpork et on cherche en vain le burlesque et le non-sense. Un conte sur la vieillesse et la décrépitude, sans surprise ni perspective. Quelques belles tournures de style.

Notes

[1] Ici, rien de péjoratif de ma part. Seulement une déformation professionnelle. Un labo. transforme des substrats en produits. Pas plus compliqué que ça

[2] Igor serait bien avisé de faire réviser son fouet, il ne voit plus bien erreur de frappe, coquilles et cuirs

[3] Qu'Igor a rangé. Enfin ! C'est beaucoup mieux présenté ainsi

19/05/2017 20:30

Le Labo Walrus : premières productions

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Le Labo de Walrus[1] a ouvert ses portes le 8 mai 2017. Pour les distraits, je cite la ligne de conduite du Labo :

Ici nous publions les textes courts d’auteurs et d’autrices en [qui][2] nous plaçons tous nos espoirs. Une occasion pour vous de les découvrir, et pour nous de les mettre sur le banc de test et de dénicher nos écrivains de demain…

À ce jour, quatre nouvelles ont été rendues publiques. Je les ai lues. J'ai été un peu déçue[3] par cette première fournée.

Objectivement, le cahier des charges initial n'est pas respecté. Au moins deux auteurs de cette première fournée ne sont pas des « écrivains de demain », mais des écrivains déjà connus ou reconnus.
Michael Roch, en premier lieu, qui de plus est un auteur Walrus (mais pas exclusif !) Et même si la nouvelle qui est proposée est dans la veine Pulp du Morse (Twelve ou Mortal Derby X), elle n'est pas inédite :([4] C'est bien : Igor-du-labo a de quoi s'améliorer[5]
Ensuite, Aude Réco. Mais qu'est-ce qu'il est passé par la dent longue du Morse pour qu'il la classe ainsi dans la catégorie des écrivains de demain !? Rien que sur sa page d'auteur Amazon, on trouve plus d'une dizaine d'œuvres. Elle publie sur Wattpad, aussi. Oui, elle s'autopublie[6]. Et alors, le Morse, mmhh ? Oui, c'est une bonne écrivaine, ses histoires sont chouettes — celles que j'ai lues ou achetées, entre autres — mais est-ce une raison pour que le Labo per se la... découvre ?
Il semble que la situation soit similaire pour Céline Saint-Charle. Et que Thierry Soulard ait déjà publié.

Et plus je m'agace à écrire ce texte acerbe, plus se forme dans ma caboche têtue l'idée que peut-être ai-je mal compris les mots du Labo ou les idées qu'il porte sur son blog ou son compte Twitter. Peut-être ne fais-je qu'extirper de mon cerveau reptilien primaire — pléonasme — la colère produite par la frustration de n'avoir pas compris ce que le Morse a voulu faire dans son Labo. Et même si je me fais à l'idée, en fin de compte, que le Labo est destiné à transformer des auteurs et autrices en écrivains et écrivaines, Michaël, Aude et probablement Céline sont déjà dans cette seconde catégorie.

Il semblerait que le Morse ait compris qu'il y avait quand même matière à rectifier le tir :

Bon, c'est déjà ça.

Sur le fond, maintenant, les nouvelles elles-mêmes, de façon tout à fait subjective[7] ce coup-ci (couça).

  • Cathie les nuits chaudes (Michaël Roch) : c'est du Michaël pulpeux donc, incisif, violent ; un peu plus qu'érotique, pas tout à fait porno. ; au style peut-être un peu moins marqué qu'à l’accoutumée tant ce qui importe est le déroulé de l'histoire de Cathie ;
  • Le ballon (Céline de Saint Charle) : sous la plume d'une autrice que je n'avais jamais lue auparavant, du fantastique horrifiant, dans la veine vaudou[8], lutte du bien contre le mal, etc. Pas mal, sans plus ;
  • Ne pas baiser près des licornes (Thierry Soulard) : par un auteur dont je n'ai jamais lu les œuvres, de la fantasy qui se veut humoristique, dans la veine de Terry Pratchett, précise l'article de blog[9]. Autant dire tout de suite, Terry Pratchett ne me fait pas rire aux éclats[10] ni les situations cousues de fil blanc où on devine la fin dès les premiers paragraphes. Seule la virtuosité des descriptions m'est apparue remarquable ;
  • Nés d'orage et de boue (Aude Réco) : je dois dire que j'ai connue Aude bien plus inspirée — Faiseur de Rêve[11] ou Cœur sommeil[12] et je me suis embourbée dans le style. C'est peut-être voulu, finalement... puisque le thème, fantastique, est la fusion de la réalité et du mythe, la naissance d'une autre humanité faite de chair et de boue.

En conclusion, pas vraiment de coup de cœur, ni de découverte enthousiasmante.

De cette déception née d'une trop grande attente.

Notes

[1] Le site — la présentation du catalogue, en particulier — est bien mieux qu'avant ;) Merci !

[2] la grammaire française est assez souple — si si — pour ne pas avoir à torturer l'orthotypographie si l'on se veut neutre quant au genre. Indice : « Épicène »

[3] On est bien d'accord, les conseilleurs ne sont pas les payeurs, c'est ma vision par le petit bout de ma lorgnette

[4] Entendons-nous bien : Je n'ai rien contre Michael, je l'ai adopté il y a quelques années et il sait — le Morse aussi — combien j'apprécie ses textes et son travail de conseiller littéraire.

[5] Même s'il y a un os.

[6] C'est même un pivot de son activité

[7] Et vous avez bien entendu le droit de ne pas aimer ce que j'aime et inversement

[8] Il y en a dans le Projet Bradbury, je vous laisse chercher

[9] Tiens, pas vu la reprise des textes de présentation sur la page du Labo ; ça manque

[10] Même si j'ai la manie des notes de bas de page

[11] Coup de cœur de la lectrice

[12] J'attends la suiiiiiite ;p

27/09/2014 22:12

Jésus contre Hitler (Neil Jomunsi)

j-vs-h.png Alors que le Projet Bradbury débutait sa vie, Walrus faisait paraître le dernier épisode (et l'intégrale) de Jésus contre Hitler. Profitant des largesse de l'éditeur, je me suis offert, pour le Noël suivant, l'épisode 1 et je m'apprêtais à acheter l'intégrale lorsque survint le Ray's Day et l'occasion de bénéficier ce jour là de la générosité de la maison d'édition. Bref, JvsH ne m'a rien coûté, ce qui va m'obliger d'user de moyens honteux — et donc inavouables — pour que l'auteur puisse déguster des bretzels au petit-déjeuner.

Ceci étant posé, quel est donc cet OÉNI[1] ? D'abord, vous prenez Chapeau melon et bottes de cuir, Les mystères de l'ouest et X-files et vous secouez. Très énergiquement. Encore plus que ça. Vous laissez à peine reposer et ajoutez, en larges rasades, une grande diversité de mythes et légendes, millénaires, exotiques ou littéraires. N'ayez pas peur de touiller ensemble zombies, magies noires, Cthuluh, Yéti, forces occultes (n'hésitez pas à forcer sur la dose), super-héros, militaires, agence ultrasecrète, amour (si si), Dante, des Ninja (enfin, surtout une), et surtout énormément de relations humaines, d'amitié et, n'osons pas peur du paradoxe, d'humanité. Vous aurez alors une vague idée de ce que vous vous apprêtez à dévorer. Parce que, bien sûr, vous ne pourrez vous empêcher de passer à la page suivante, de vous plonger dans l'épisode d'après et, à la fin du dernier, de vous écrier Alors, la suite, c'est pour quand !?[2]

Mais encore ?

Une histoire de bons qui luttent contre le mal absolu. Le premier épisode est, somme toute, assez classique[3] : présentation des personnages, révélation ou plutôt confirmation qu'il s'agit bien du Jésus, petit même, à côté de son acolyte, militaire chevronné, quelquefois désobéissant néanmoins[4], mission menée à bien, avec juste la dose de suspense qu'il faut pour ne pas s'ennuyer. Donc bien, mais pas plus. Dans le second épisode, l'auteur s'offre le plaisir de se vautrer dans l'univers d'un de ses écrivains préférés, H. P. Lovecraft. Avec des vrais monstres, à côté desquels Hitler est un méchant d'opérette, de l'horreur horrible, des situations totalement inextricables dans lesquelles on craint maintes fois de perdre les héros : ils sont quatre, maintenant, dont une héroïne malgré elle, qui se fera bien discrète par la suite. Le récit est un peu moins linéaire que dans le premier épisode, univers lovecraftien oblige, et malgré tout l'humour est très présent : en particulier, le sort réservé à Cthulhu est particulièrement comique. En tout cas, il m'a fait bien rire et m'a rendu le monstrueux poulpe plutôt sympathique[5]. Le troisième épisode nous transporte au Tibet, dans l'antre d'une créature mythique, que l'on sait être parfois bienveillante si l'on a lu Tintin. Cependant, poussée à des actions désespérées par la *onnerie humaine, elle se ligue avec le grand méchant pour sauver son peuple. Dans ce troisième acte, apparaît également une bien curieuse protagoniste, au comportement étrange, dont l'attitude devrait éveiller bien des soupçons : dotée de capacités formidables, elle n'est qu'une enjôleuse traitresse. Et puis l'abominable homme des neiges, l'impensable survient : un des héros disparaît ! J'ai ressenti la même tristesse infinie que si j'avais été soumise à l'effet du visi-sonor manipulé par Le Mulet. Le dernier épisode voit les principaux protagonistes encore valides partir à la rescousse du disparu. C'est très simple : il suffit de se faire emporter en Enfer, rien que ça ! Et c'est tellement fantastique et fantaisiste (au sens de la SFFF), que c'est inracontable...

Entrainé dans un récit aux prémisses linéaires, on se laisse prendre par un déroulé de plus en plus emberlificoté : rien ne sert de résister — on passerait à côté de l'histoire — il suffit de se laisser porter par les méandres tortueux de l'imagination de Neil qu'il a réussi à dessiner en mots. Écrite avant le Projet Bradbury, la saga porte déjà en germe le style précis, pas encore ciselé mais déjà bien profilé, qui s'épanouira à travers les prochaines 52 nouvelles. J'aime toujours autant la façon dont sont traités les personnages féminins, l'imagination « young adult », l'humanité que l'on trouve dans les œuvres de Neil Jomunsi.

Notes

[1] Objet Écrit Non Identifié.

[2] Pour bientôt, si j'ai bien tout suivi ici

[3] Si tant est que l'intrigue le soit...

[4] Il n'est qu'un humain, après tout.

[5] Et Dieu Jésus sait que j'ai une horreur viscérale des monstres.