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Deuzeffe pose (toujours) des questions

28/10/2017 23:32

Projet Bradbury : le retour

Le projet Bradbury, tu te souviens ? Sissi, ce truc, mis sur orbite il y a quatre ans. Une révolution (solaire[1]) plus tard, mission accomplie et avec brio. Imagine-toi qu'il remet ça. Comment ça, « qui "il" ? » Bin, Neil Jomunsi, l'auteur. Il se lance de nouveau dans ce qu'il nomme un marathon littéraire : écrire 52 nouvelles en 52 semaines. Une nouvelle — à écrire, corriger, (faire) illustrer, raconter de vive-voix, enregistrer, mettre en page et en ligne — par semaine pendant un an. Et donc, toutes les semaines de l'année qui commence, une nouvelle à lire. Et commenter aussi, pour te donner l'envie, sinon d'écrire, au moins de lire. Et ma copine Deidre a la même idée que moi \o/ Et j'espère d'autres aussi !

Foin de calembredaines, le retour du PB, c'est le 11 septembre (2017).

Projet Bradbury #2

Et comme un point zéro qui marque le début du chemin, une nouvelle est déjà parue il y a quelques mois, PB #0 la bien nomméenumérotée.

C'est une nouvelle toute douce. Elle réveille en nous l'enfant qui y vit encore, imprégné de candeur et d'empathie, de bienveillance. Avec un parfum de taoïsme, comme toujours.

Cette histoire vous est confiée. Vous en êtes le gardien. Cette responsabilité vous incombe. Sans vous, elle disparaîtra. C’est de cette façon que survivent depuis toujours les choses insignifiantes.

Allez, on se retrouve sous peu de l'autre côté de la ligne, pour le début de la balade.


  • PB 10 : Robbie

Comme un écho aux incendies de R. Bradbury, la révolte gronde au creux de la multitude : faute de s’exprimer autrement que par la violence envers l’autre, faute ne serait-ce que de pouvoir être entendue, elle dévore le corps et l’esprit de qui la couve. Une espèce de Grosse Colère à l’envers. Pour la faire taire, pour la cacher, que les moyens sont dérisoires, insignifiants. Une résonance toute particulière avec l’état du monde contemporain.

Un zeste de zézététique, un soupçon de syndrome de Stockholm, un brin de merveilleux, une histoire (un peu trop) ancrée dans la réalité[2] qui peine à prendre son envol vers le continent imaginaire. Une rupture dans la vie du héros, comme « Le moment où tout a basculé », le plaisir qu'il prend enfin de se laisser aller à ses envies les plus intimes, l’abandon de sa routine et l’envol vers une nouvelle vie ou un retour à ses premières amours ? Va savoir.

Ça ressemble un peu à une blague dont on connaît déjà la chute à peine le titre, le résumé et le premier paragraphe lus ; un truc cousu de fil blanc, convenu. Une énième évidence, un truisme. Sauf que. La chute est telle qu’elle renvoie à bien d’autres dilemmes, du genre « Peut-on arriver à admirer les réalisations de quelqu’un qui par ailleurs est un ignoble salaud ? » ou bien « Peut-on tolérer l’intolérance ?[3] »

« À la page 1610, une histoire d’alter ego. » comme le titre l’annonce clairement. Très parlée, qui aurait toute sa place dans le Gobbledygook, donc ; une des premières de cette saison 2 où j’ai vraiment entendu l’auteur me la raconter, même si je n’écoute toujours pas les versions sonores, l’effet du très vieux livre extraordinaire cité plus haut, sans doute. Elle semble refléter quelques humeurs du moment que l’auteur laisse traîner sur le réseau mondial. Ou bien, sous l’apparence trompeuse d’un thème maintes fois abordé par d’autres, elle résonne dans l’esprit de celles et ceux qui englués par la routine ou écrasés par l’impuissance, se demandent bien comment et quoi faire pour changer. Même si la solution proposée dans l’histoire est violente.

Un air de Club des Cinq où, pour une fois, l’énigme ne sera pas résolue, sinon par l’imagination de qui aura lu la nouvelle. Et encore. L’intrigue est simple — et dans le registre de l’horreur [4] — mais le fin mot de l’histoire n’est pas dévoilé. Il n’empêche que le récit invite à la réflexion sur l’enfance et son devenir, la peur de l’étape suivante ou l’invention de son propre futur. Pas mal du tout. J’ai bien aimé ^^

À l’annonce du titre, le doute est peu permis, Neil replace un thème intemporel dans notre présent connecté, logorrhéique, où seules semblent s’exprimer nos horreurs intimes les plus indicibles[5]. Le sujet est sensible et contemporain, crois-tu. As-tu déjà entendu parler des chasses aux sorcières, à l’autre qui n’a pas la même allure que la majorité des gens — apparence trop grosse, trop petite, peau trop foncée, cheveux trop clairs, corps non conforme à l’image que ceux que tu vois le plus souvent, etc. — à cet être humain qui te fait peur parce que tu ne peux pas d’identifier à ce qu’il est[6] ? Cette nouvelle traite seulement de ça, mais de tout ça et t’interroge sur ton attitude : tu participes à la chasse, tu la regardes de loin, tu tentes de l’empêcher ?

La narration est dans le style de la littérature fantastique, un brin irréel[7], dans la veine de Je suis rage ou de nouvelles de la saison 1 du PB.

Au final, un thème classique, dans un style classique, quand on connait un peu les idées de l’auteur et la façon qu’il a de les exprimer. Certaines diraient qu’il ne sort pas de sa zone de confort[8], qu’il ne surprend guère ; d’autres reconnaîtraient qu’une nouvelle est quand même plus propice au développement des idées qu’une suite de gazouillis. Mais peut — beaucoup — mieux faire (il lui reste un paquet de nouvelles pour s’exercer ^^)

Un vivant monologue qui se lit sans reprendre sa respiration, ou presque. Et si le thème a déjà été évoqué dans la saison 1 du Projet Bradbury, on se délectera de la succulence de la langue, déliée par la plume de l'auteur. J'ai vraiment pris du plaisir à imaginer à qui, pour quelles raisons, comment, le héros, soliloquant sous nos yeux, s'adressait à l'inconnue à qui il parle. Une histoire de robot ? Peut-être. Surtout un vibrant plaidoyer pour l'humanisme[9].

Postapo. Ou pas loin s'en faut. Mais postapo. sereine, joyeuse, presque heureuse, en tout cas, réjouissante. Comme un carcan qui vole en éclat, une grande inspiration libératrice qui suit. Comme quand tu t'écries Ça fait du bien quand ça s'arrête ! Deux héros — qu'on imagine à peine sortis de l'adolescence — débrouillards, un peu affreux Jojo, mais pas vraiment méchants, seulement tentant de survivre et même de vivre dans ce monde (re)devenu sympa. Et c'est en rencontrant une espèce du Pythie du passé, du genre foldingue, qu'ils pourront clamer que le vieux monde est mort, vraiment mort. Et cette horrible amertume quand vient le temps des adieux à ce monde-là.

Si comme moi, tu aimes l'anaphore, tu ne vas pas être déçu ni déçue. Tu prends cette première nouvelle en pleine poire, une pluie d’uppercuts tambourine ton neurone. Ta lecture[10] avance malgré tout, prise dans le flot, prise dans le flux. Ça tambourine encore dans les tripes. Et comme le héros de l'histoire, tu t'accroches, tu ne cèdes rien, tu avances.

Soudain, une révélation, au détour d'une phrase

Mais l’enfant tient bon, il varappe comme un singe

Bon sang, on dirait du Michael Roch ! Je reformule, craignant soudain que tu penses que j'assimile Michael à un singe[11]. Bon sang, là, c'est la même plume que Michael[12] !

Le propos se déroule, le héros poursuit sa quête, dans un univers fantastique, fantasmagorique. Te vient à l'esprit Max et les Maximonstres ou Le Matelas Magique, ouvrages que tu as lus et relus à tes enfants du temps où ils étaient abonnés à l'École des Max. C'est quand même bizarre : quand tu lis une histoire, roman ou nouvelle, tu ne peux t'empêcher d'évoquer d'autres œuvres, d'autres auteurs. Comme si chaque opus n'était que la combinaison — alchimique, pourquoi pas — de choses, délicates et fragiles, qui flottent dans l'air du temps. Coïncidence ? Quand il s'agit de Neil, je ne crois pas. Je suis même sure que c'est inévitable ;-)

Je te passe la suite de l'histoire : tu n'as qu'à aller la lire ! En notant au passage une formulation qui m'a laissée perplexe — quand le poids de ramper t’écrase — et une autre qui m'a enchantée — coffre-for (écho au for intérieur). In fine, Évadé est une métaphore, mieux, une parabole de ce que beaucoup d'entre nous ressentent. Et peut-être qu'un jour, l'un ou l'autre aura la force de faire comme le héros de cette nouvelle.

Vois-tu, lorsque Ursula K. Le Guin affirme que "The creative adult is the child who has survived.", j'ai quand même bien l'impression que celui-là est bel et bien vivant et qu'il s'est évadé il y a lurette.

Notes

[1] Oui, bon, ça va

[2] Et les petites cuillères, hein, où disparaissent-elles, elles ?

[3] Vous avez 4 heures

[4] Ah, les Monstres de Berlin…

[5] Lire l’interview de Stephen King pour comprendre

[6] Il me semble qu’il est dit que l’identification est le début de l’empathie

[7] N’importe qui d’autre que l’héroïne d’une histoire laisse sa vie à la suite d’un traitement pareil

[8] J’ai horreur de cette expression. Comme si c’était un mal que de se plaire dans son propre bien-être

[9] Il semblerait que Deidre soit du même avis ^^

[10] Pas eu envie de la découvrir avec la voix de l'auteur. Ça viendra peut-être

[11] Tu penses tordu, parfois, quand même

[12] Tu crois peut-être qu'ils vont se vexer. Sache que, me targuant de connaître un peu les zozios, je suis sure qu'ils prendront ça comme un double compliment. Enfin, j'espère...

16/08/2017 16:00

Résistants (Thierry Crouzet)

Résistants, Bragelonne, 2017

Comme One Minute, Résistants est né sur Wattpad. Comme lui, il est écrit au présent. Comme lui, il déroule la narration suivant le point de vue des différents protagonistes. On pourrait à l'envi se prêter au jeu des ressemblances et on en trouverait nombre d'autres[1]. J'ai donc assisté à la naissance de l'histoire, naissance laborieuse, avec quelques faux départs, alors même que le thème et le genre littéraire sont clairs dans l'esprit de l'auteur[2]

L'histoire ? Une femme se bat contre une menace pire que le changement climatique de notre planète : la résistance aux antibiotiques. J'avoue, qu'un auteur masculin mette en scène une telle héroïne me séduit particulièrement[3] Elle endosse le costume classique mais toujours efficace de tout brave, avec ses forces, son intelligence, son intuition, ses faiblesses[4], son altruisme, etc. Et ça fonctionne remarquablement bien en ce qui concerne Katelyn. Ah et puis elle tombe amoureuse, hein, comme tout chevalier. Mais loin d'être une romance sirupeuse, sa relation avec le héros[5] est piquante et ombrageuse, mélange classique d'amour-haine où le cœur et la raison luttent jusqu'à offrir une fin presque malheureuse[6]. Oh, et puis comme c'est une femme, elle est objectivée, abusée[7]. Schéma courant. Mais comme elle ne se laisse pas faire[8]...

Contre elle, donc, l'amoureux, le héros, le méchant — pense-t-on et on n'a pas tout à fait tort. Tout aussi doué qu'elle, menant — sans qu'elle le sache vraiment au début de leur histoire — le même combat. Et contre eux, les infâmes capitalistes, les industriels en général et les firmes pharmaceutiques en particulier qui gavent humains et animaux de médicaments censés éradiquer les bactéries. Elles sont sur Terre depuis bien plus longtemps que nous, sont beaucoup mieux équipées que nous pour s'adapter : elles ne cessent de mettre en place des contre-mesures au flux d'antibiotiques auquel on les soumet. Sauf qu'à la fin, ce sont elles qui vont gagner, et pas nous. Et je dois dire que bien que je sache parfaitement ce qu'est la résistance aux antibio. et ce qu'elle signifie, Thierry Crouzet a presque réussi à me faire peur. Cette peur, née de l'ignorance ; cette peur qui sidère. Alors l'auteur distille, en parallèle de son propos romanesque, faits et découvertes sur les bactéries, leurs mécanismes de résistance, les moyens pour nous, humains, d'espérer, un peu, nous en sortir. Malgré la menace glaçante qui court tout au long de l'histoire, la noirceur du propos, tout n'est pas perdu : nous sommes seulement la solution au problème que nous avons créé. À condition d'un changement radical de nos comportements[9].

La solution aux problèmes majeurs de l’humanité ne viendra que d’une mise en commun de toutes les expériences.

La forme romanesque de cet ouvrage de commande, délibérément choisie par l'auteur[10], épouse volontairement le genre thriller, peu familier à l'écrivain de ce que je connais de ses styles littéraires de prédilection. Ça se sent un peu. Si l'enchaînement des péripéties est assez fluide, l'ensemble aurait mérité, à mon goût, encore quelques phases de polissage pour livrer un produit bien fini. Par exemple, l'identification des « patients zéros » et de leur mode de contamination me semble incohérent, presque cousu de fil blanc, un peu trop facile, en quelque sorte.
Quoi qu'il en soit, je n'ai pas été déçue par ce page-turner captivant. Même si l'on n'aime pas particulièrement les histoires d'action et de suspense, les ombrageuses aventures amoureuses, on retrouvera les perles d'introspection typiques de Thierry Crouzet[11], humanistes ou à la limite du truisme, parfois :

La pensée rationnelle n’est pas la seule opérationnelle. Quand le maître affirme que les arbres lui parlent, il ne ment pas. En haut de la plate-forme, j’ai communié avec eux. Au nom de ce que je sais, je peux passer à côté de ce que je pourrais savoir si j’étais curieuse. La raison peut parfois se transformer en obscurantisme.

Résistants met en lumière un aspect microscopique de l'influence de l'humain sur son environnement. Et inversement. Un indispensable docu-fiction pour qui se soucie un tant soit peu de son prochain.

Notre précipitation engendre la peste moderne.

Notes

[1] Un jour on fera une liste de tout ce qui fait que quand on lit du Crouzet, même à l'aveugle — hahaha — on sait que c'est du Crouzet

[2] Enfin, d'après ce qu'il en dit

[3] Mon héroïne de gamine était Fantômette. Donc, bon

[4] Un héros doit avoir des faiblesses, sinon, ce n'est qu'un robot

[5] bah oui, faut bien qu'il y ait un mec dans l'histoire...

[6] Tout est dans presque

[7] Non, pas dans ce sens-là

[8] Elle me fait penser à Clarice Starling

[9] J'avoue, là, c'est pas gagné

[10] A contrario du Geste qui Sauve

[11] Qui ne peut donc s'empêcher d'en glisser dans ses textes, quels qu'ils soient

24/06/2017 09:12

Le Labo Walrus : livraisons deuxièmes

Quatre nouveaux produits[1] sortis du Labo, début juin. Et même s'il ne s'agit pas de faire découvrir aux foules en manque de lectures des créateurs jusqu'ici inconnus (de la foule), heureuse surprise de n'en connaître aucun. Il en découle une plus grande tolérance de la lectrice[2]. Peut-être. C'est à voir.

Exposés sur la paillasse[3], dans l'ordre :

  • Quelque chose (Camille Eelen) : pas très judicieux de le placer en tête de gondole et de le lire en premier, tant ce texte est d'une qualité exceptionnelle. Une expérience au LHC qui s'emballe, l'humanité qui disparaît peu à peu, le dernier humain vivant qui témoigne de la fin. Dans un propos subjectif, avec une écriture acérée, sèche, haletante, précise, un style percutant. Pile-poil dans la veine Pulp des éditions Walrus.
  • Porteuses d'étoiles (Célia Flaux) : de la science-fiction, où il est question d'élues, intimes avec les étoiles. Le propos est plaisant, mettant en scène une femme salvatrice, venant à bout des stéréotypes et préjugés. Le traitement, en revanche, est banal, presque brouillon ; le style est commun. Bien dommage.
  • Vous prendrez bien un verre ? (Machin) : le bar de StarWars, avec beaucoup moins de monde, de fumée et de bruit ; tenu par une étrange créature, fréquenté par un bizarre quidam se goinfrant de mets extragalactiques. Ça finit mal. Je n'ai pas accroché.
  • Le dernier sortilège (Fabien Rey) : on imagine se trouver dans la grande salle de l'université de l'Invisible à Ankh-Morpork et on cherche en vain le burlesque et le non-sense. Un conte sur la vieillesse et la décrépitude, sans surprise ni perspective. Quelques belles tournures de style.

Notes

[1] Ici, rien de péjoratif de ma part. Seulement une déformation professionnelle. Un labo. transforme des substrats en produits. Pas plus compliqué que ça

[2] Igor serait bien avisé de faire réviser son fouet, il ne voit plus bien erreur de frappe, coquilles et cuirs

[3] Qu'Igor a rangé. Enfin ! C'est beaucoup mieux présenté ainsi

19/05/2017 20:30

Le Labo Walrus : premières productions

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Le Labo de Walrus[1] a ouvert ses portes le 8 mai 2017. Pour les distraits, je cite la ligne de conduite du Labo :

Ici nous publions les textes courts d’auteurs et d’autrices en [qui][2] nous plaçons tous nos espoirs. Une occasion pour vous de les découvrir, et pour nous de les mettre sur le banc de test et de dénicher nos écrivains de demain…

À ce jour, quatre nouvelles ont été rendues publiques. Je les ai lues. J'ai été un peu déçue[3] par cette première fournée.

Objectivement, le cahier des charges initial n'est pas respecté. Au moins deux auteurs de cette première fournée ne sont pas des « écrivains de demain », mais des écrivains déjà connus ou reconnus.
Michael Roch, en premier lieu, qui de plus est un auteur Walrus (mais pas exclusif !) Et même si la nouvelle qui est proposée est dans la veine Pulp du Morse (Twelve ou Mortal Derby X), elle n'est pas inédite :([4] C'est bien : Igor-du-labo a de quoi s'améliorer[5]
Ensuite, Aude Réco. Mais qu'est-ce qu'il est passé par la dent longue du Morse pour qu'il la classe ainsi dans la catégorie des écrivains de demain !? Rien que sur sa page d'auteur Amazon, on trouve plus d'une dizaine d'œuvres. Elle publie sur Wattpad, aussi. Oui, elle s'autopublie[6]. Et alors, le Morse, mmhh ? Oui, c'est une bonne écrivaine, ses histoires sont chouettes — celles que j'ai lues ou achetées, entre autres — mais est-ce une raison pour que le Labo per se la... découvre ?
Il semble que la situation soit similaire pour Céline Saint-Charle. Et que Thierry Soulard ait déjà publié.

Et plus je m'agace à écrire ce texte acerbe, plus se forme dans ma caboche têtue l'idée que peut-être ai-je mal compris les mots du Labo ou les idées qu'il porte sur son blog ou son compte Twitter. Peut-être ne fais-je qu'extirper de mon cerveau reptilien primaire — pléonasme — la colère produite par la frustration de n'avoir pas compris ce que le Morse a voulu faire dans son Labo. Et même si je me fais à l'idée, en fin de compte, que le Labo est destiné à transformer des auteurs et autrices en écrivains et écrivaines, Michaël, Aude et probablement Céline sont déjà dans cette seconde catégorie.

Il semblerait que le Morse ait compris qu'il y avait quand même matière à rectifier le tir :

Bon, c'est déjà ça.

Sur le fond, maintenant, les nouvelles elles-mêmes, de façon tout à fait subjective[7] ce coup-ci (couça).

  • Cathie les nuits chaudes (Michaël Roch) : c'est du Michaël pulpeux donc, incisif, violent ; un peu plus qu'érotique, pas tout à fait porno. ; au style peut-être un peu moins marqué qu'à l’accoutumée tant ce qui importe est le déroulé de l'histoire de Cathie ;
  • Le ballon (Céline de Saint Charle) : sous la plume d'une autrice que je n'avais jamais lue auparavant, du fantastique horrifiant, dans la veine vaudou[8], lutte du bien contre le mal, etc. Pas mal, sans plus ;
  • Ne pas baiser près des licornes (Thierry Soulard) : par un auteur dont je n'ai jamais lu les œuvres, de la fantasy qui se veut humoristique, dans la veine de Terry Pratchett, précise l'article de blog[9]. Autant dire tout de suite, Terry Pratchett ne me fait pas rire aux éclats[10] ni les situations cousues de fil blanc où on devine la fin dès les premiers paragraphes. Seule la virtuosité des descriptions m'est apparue remarquable ;
  • Nés d'orage et de boue (Aude Réco) : je dois dire que j'ai connue Aude bien plus inspirée — Faiseur de Rêve[11] ou Cœur sommeil[12] et je me suis embourbée dans le style. C'est peut-être voulu, finalement... puisque le thème, fantastique, est la fusion de la réalité et du mythe, la naissance d'une autre humanité faite de chair et de boue.

En conclusion, pas vraiment de coup de cœur, ni de découverte enthousiasmante.

De cette déception née d'une trop grande attente.

Notes

[1] Le site — la présentation du catalogue, en particulier — est bien mieux qu'avant ;) Merci !

[2] la grammaire française est assez souple — si si — pour ne pas avoir à torturer l'orthotypographie si l'on se veut neutre quant au genre. Indice : « Épicène »

[3] On est bien d'accord, les conseilleurs ne sont pas les payeurs, c'est ma vision par le petit bout de ma lorgnette

[4] Entendons-nous bien : Je n'ai rien contre Michael, je l'ai adopté il y a quelques années et il sait — le Morse aussi — combien j'apprécie ses textes et son travail de conseiller littéraire.

[5] Même s'il y a un os.

[6] C'est même un pivot de son activité

[7] Et vous avez bien entendu le droit de ne pas aimer ce que j'aime et inversement

[8] Il y en a dans le Projet Bradbury, je vous laisse chercher

[9] Tiens, pas vu la reprise des textes de présentation sur la page du Labo ; ça manque

[10] Même si j'ai la manie des notes de bas de page

[11] Coup de cœur de la lectrice

[12] J'attends la suiiiiiite ;p

28/02/2017 22:41

Le banquet philo. du dimanche de Dame Quota

Diotime Le dimanche, Dame Quota prend soin d'êtres bizarres — et néanmoins attachants, très — mi-ange mi-démon, chimères à cheval sur deux siècles.

Bon j'ai envie de vous raconter une histoire de Grecs du Ve siècle mais on est pas accoudés au zinc la. Bon bon bon. C'est une jolie histoire tirée du Banquet de Platon. C'est le plus beau texte de Platon. Bon. Dans ce passage c'est la vestale Diotime qui raconte. Elle raconte la naissance d’Éros, qui comme nous, est dans une situation entre-deux.

C'est la grosse teuf là haut pasque tu comprends APHRODITE EST NÉE. On boit beaucoup, on danse beaucoup. Bon, danser c'est apocryphe, les banquets à l'époque, on était couchés. Grosse teuf donc. Dans l'assistance, il y a Poros. C'est un dieu qui incarne l'opulence. Il a certainement payé des coups à tout le monde, il est complètement bourré — faut bien voir, les dieux grecs y sont aussi alcooliques que nous hein. Bon y'a pas Uber à l'Olympe. On n'a pas encore disrupté le marché des nuages volants. Du coup Poros, il marche pas droit, il veut sortir pour rentrer chez lui (à pied), sauf que ouuuh ça tourne. Oé je peux rentrer demain, après tout. Allez, une petite sieste sous cet arbre. Notez le sans-gène de Poros qui est donc parti pour cuver son nectar dans les jardins de Zeus OKLM[1].

Sauf que dans les jardins de Zeus y'avait Pénia qui mendiait là. Pénia c'est la déesse de la pauvreté. Elle n'était pas invitée à la soirée, t'imagines, elle a pas la toge qui va bien. Et là elle tombe sur Poros endormi (l'histoire ne dit pas s'il a vomi dans son sommeil). Et là, magie des histoires des grecs de l'époque. Pénia : Hey mais si je lui faisais un enfant dans son sommeil ?! J'imagine qu'elle comptait sur une sorte de pension parentale vu que Poros était très riche. Donc elle fait sa petite affaire en douce et repart mendier[2]. Quelques temps après, Éros nait \o/[3]

Bon, il est très beau. Comme il a été conçu à la naissance d'Aphrodite, on lui trouve un poste de suivant d'Aphrodite. SAUF QUE VOILÀ. Éros, je rappelle, est le fils de Poros et Pénia. Du coup st'un peu un rebelle, il dort à la belle étoile, il est jamais solvable. Mais grâce à Papa, de temps en temps, il a des sous pour payer des coups aux copains — l'alcoolisme à l'Olympe, CE FLÉAU. Il est très beau et suivant d'Aphrodite, il aime ce qui est beau, ce qui est bon. Mais il ne peut jamais l'atteindre. Il veut se payer la dernière toge à la mode super sexy mais pas solvable quoi[4].

De la même manière, contrairement aux autres dieux, il n'est pas omniscient. Il est toujours à la recherche de plus de savoir. Point technique Platon : chez Platon, l'idée du bon et du beau se rejoignent. De même pour la santé. Il n'est pas immortel, mais pas mortel non plus. Toujours entre deux. J'aurais envie de me la péter, je dirais qu'il est un peu atypique. Ce qui est intéressant et assez joli chez Platon c'est qu'il va en faire le premier philosophe. Parce que haha, philosopher, ce n'est pas avoir le savoir, c'est le poursuivre, inlassablement.

EXACTEMENT COMME QUAND ON EST AMOUREUX.

Le philosophe est comme Éros, il est amoureux du beau et du bon, il tend vers le savoir \o/ Hé oui s'il savait tout déjà, il ne serait pas mû. Il ne serait pas désirant, mobilisé. Il ne déploierait aucun effort. Le désir est saisi, par cette histoire, assez justement, dans son instabilité intrinsèque : c'est toujours inassouvi. J'aime beaucoup, parce que, sans être hédoniste, c'est une pensée qui fait du philosophe quelqu'un qui désire. Et donc le désir n'est là pas que turpitude comme on verra après. C'est aussi ce qui pousse la pensée vers le bon <3

Les stoïciens seront plus tranchés là-dessus : le désir pour eux ça soûle grave, ÇA DÉCONCENTRE. Alors que Platon a l'idée que la conversation plaisante avec un beau garçon élevait l'âme vers le beau. (Ah chez Platon c'est équivalent, Vrai/Beau/Bon, c'est la même grande idée cardinale.) Parce que du désir charnel, on remonte au désir plus élevé du savoir et hop on s'envole vers LES IDÉES. Grâce à la maïeutique, l'art du dialogue où par questions et réponses successives, on s'élève ensemble vers le savoir.

Voilà voilà. Si vous vous demandez pourquoi je fais de la philo ♥ Le Banquet dans son entier développe une très belle théorie du désir, entrecoupée d'histoires comme celle-ci. Et de moments de drague. PARCE QU'ILS SE DRAGUENT DANS LE TEXTE. C'est vraiment mon Platon préféré.

Un dimanche normal, c'est un dimanche où on fait cours de philo antique sur le touiteur ♥ (donc pour boucler la boucle, voilà l'homme désirant, et c'est bien normal étant donnée la nature du désir <3)

Bon, j'ai pas respecté la lettre du texte, il faut être éméché au comptoir pour raconter ça :D

Vous pouvez reprendre une activité normale (NdlR).

Notes

[1] un invité s'insurge : je serais allé cafter direct qu'il se prenne un éclair bien visé au moment de faire pipi sur l'arbre #TeamZeus. Dame Quota : Zeus devait aussi être bourré (et occupé à courser 12 nanas à la fois) :p

[2] un banquetier admire : la classe absolue quoi. Dame Quota : Ah on est pauvre, mais on est une déesse monsieur quand même, on est douée :p

[3] Un jaloux : romantisme absolu, section déprime. Dame Quota : Les grecs dans leur splendeur : te faire naitre le dieu du désir d'une union creepy. OUI MONSIEUR.

[4] Ou la dernière Pléïade — Ah merde, si je me paye ce beau livre, je mange plus... — FUCK IT, PRENDS MES SOUS, LIBRAIRE !

26/02/2017 19:00

La Horde du Contrevent (Alain Damasio)

La Horde du Contrevent, La Volte, 2004

Qu'il n'est pas facile de parler d'une telle œuvre ! Surtout quand de talentueux lecteurs en ont déjà dit beaucoup, comme [ATTENTION SPOILER] La Brigade du Livre bien sûr, l'analytique Saint Epondyle ou les spécialistes de NooSFère et bien d'autres tout aussi enthousiastes, je suis sûre. Surtout qu'il fait partie des rares qui m'ont marquée depuis dix ou vingt ou même trente ans[1] Ce bouquin résonne dans ma tête depuis que je l'ai lu. Il occupe une place incongrue dans l'univers de la SFFF[2], une place originale. À la fois en tout et en rien.

Oui, en rien. L'arc narratif est on ne peut plus classique : une vingtaine de femmes et d'hommes, les meilleurs spécialistes dans leur domaine respectif, réunis pour mener une quête. Et c'est tout ? Presque. Des aventures, violentes et horribles ; des tensions, dans le groupe ; des inimités, des compétitions. Et pourtant, un groupe soudé par la mission qui lui a été confiée — et qui sera menée à son terme, bien entendu. Dit comme ça, l'histoire ne semble pas d'une folle originalité, n'est-ce pas ?

Mais qu'est-ce qui fait que ce bon sang de bouquin est encore plus unique que n'importe quel autre ?
La pagination, qui est à rebours, comme la Horde qui remonte au vent[3] ?
L'organisation des chapitres, chacun transcrivant une aventure, une étape de la quête, à travers le point de vue de plusieurs membres de la Horde, une narration à plusieurs voix, qui dévoile l'intimité de chacun et chacune bien plus sûrement que ne pourrait le faire un narrateur extérieur ?
L'espace naturel dans lequel se déroule l'histoire, fantasmagorique et pourtant fait de mille et une contrées existant sur notre planète ? Ou la culture des peuples que la Horde rencontre, avec leurs technologies proches des nôtres de l'ancien temps et tellement plus ingénieuses ? Ou l'écosystème des régions traversées, leurs êtres vivants fantastiques, leurs monstres et leurs chimères, témoins géniaux de la fertilité de l'imagination de l'auteur ?

Tout ça, oui, bien sûr, mais pas uniquement, évidemment ! Je ne peux m'empêcher de rapprocher cette œuvre des récits-sources de la fantasy — ceux attribués à Homère, en particulier : elle semble s'y ressourcer (donc) pour mieux s'en détacher et les dépasser[4]. Au delà, il y a le vent, source de tout, prétexte à la quête[5]. Alain Damasio, démiurge, crée un cinquième élément, le vent, tour à tour liquide, solide, flamboyant. Ce n'est pas un assemblage d'air et d'un des trois autres éléments, c'est autre chose, le résultat d'une alchimie subtile d'où nait une nouvelle espèce d'élément.

Le mouvement crée la matière !

Connaître l'origine du monde vent — et en découvrir de nouvelles formes — est donc le but de la Horde. Je ne sais si c'est heureux ou regrettable, mais très tôt au cours de ma lecture, j'ai deviné le terme de la quête. Même si certains passages m'ont parus longuets, ça n'a rien enlevé au plaisir de découvrir la suite des aventures des membres de la Horde.

Ici, une digression : un mien ami a dit qu'il n'avait pu lire le bouquin car (je cite de mémoire) « il n'y a aucun personnage important auquel se rattacher. » Pourtant, en tous les narrateurs, tous les membres de la Horde, on peut trouver un élément qui ressemble à une partie de ce qu'on est et auquel s'identifier. La Horde est un organisme à elle seule, comme chacun d'entre nous, et coller sa propre complexité à la sienne est sans doute compliqué.

La fin, donc, devinée très tôt. De toute façon, la Horde ne peut rien faire d'autre que de réussir, c'est la dernière Horde, est-il dit. Et la source du vent est tellement... évidente. Du coup, ça ne gêne pas la lecture, même si j'y ai trouvé quelques longueurs, comme étouffant en plein air, sur le chemin vers la source du vent. Ce qui prime, ce n'est pas le bonheur au bout du chemin, c'est le bonheur du chemin, bonheur aigre et amer, violent, sanglant, tout relatif, mais bonheur quand même, fait de découverte de l'autre, de soi, de pourquoi le monde.

Notre lien n’est pas de titre ni d’intellect : il est à la pliure de cette quête – comprendre.

Parce que tu découvres progressivement le lien et que le lien architecture et ralentit.

La Horde du Contrevent est un conte philosophique, dont l'essence est la relation à l'autre et à soi. Ouais, dit comme ça, ça fait bateau, et pourtant c'est exactement ça. Ce qui en fait un bouquin[6] qui dure longtemps dans la tête.

Seule l’erreur est créatrice.

La maturité de l’homme est d’avoir retrouvé le sérieux qu’on avait au jeu quand on était enfant.

Le fond de l'œuvre serait aride s'il n'y avait la langue, l'écriture, la poésie, la musique que distille la plume d'Alain Damasio :

Il n’est guère dans mes habitudes, excusez l’intrusion, de m’improviser tout à trac rabat-joie, trouble-fête et pisse-froid, mais je dois toutefois, pour cette soirée si spéciale, déjouer mes routines, pour excellentes soient-elles, et vous parlez, une fois n’est pas coutume, à cœur entrouvert et saignant…

Au bout d’une coulée excessivement visqueuse de secondes,

L’eau coule, en boucle calme. Plus ronde que l’air, une larme s’enroule.

Avant que l'aventure ne commence, le troubadour de la Horde nous dit :

Nous sommes faits de l'étoffe dont on tisse les vents.

Nous sommes faits de l'étoffe dont nous tissent les vivants, nos semblables.

ce miracle préhumain d’être tramé en fil de l’autre.

Notes

[1] à côté d'Au nom de tous les miens ou du Pendule de Foucault, pour d'autres raisons.

[2] mon univers, bien riquiqui où J. R. R. Tolkien, I. Asimov, F. Herbert ou R. Bradbury règnent en maîtres accompagnés de quelques seconds couteaux

[3] puisqu'elle contre le vent, c'est écrit dessus !

[4] un peu comme un vaisseau spatial utilisant un corps astral comme catapulte gravitationnelle, oui, oui, bien sûr ^^

[5] dont le but est de trouver où nait le vent

[6] lu l'édition Folio SF de 2007, qui contient des coquilles, pas toutes corrigées dans l'édition 2015 :/

11/02/2017 17:56

Moi, Peter Pan (Michael Roch)

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J'ai fait la connaissance du Peter Pan de Michael, il y a presque trois ans, alors qu'il s'offrait sur le site de l'auteur[1]. Puis vint la première édition du Ray's Day où Peter se dévoilait un peu plus. Déjà, à l'époque, les quelques pages offertes m'avaient subjuguée, il semble, puisque je disais :

Une délicieuse tranche de la vie de Clochette et Peter, remplie de tout ce qui fait le sel, l'amertume, le frisson des relations humaines, avec leurs non-dits, demi-mensonges et vérités pudiques. Un plaisir à lire, qu'on pourrait croire minuscule vue la petitesse du chapitre, immense parce que quasi universel.

Et puis, et puis... La vie étant ce qu'elle est, la Brigade du Livre ce qu'elle conseille, Radius, l'expérience qu'elle fut, Les Vicariants, ce qu'ils trament, Peter s'était rendormi au Pays Imaginaire. Enfin, un jour de septembre :

Je ne connais que les vents contraires qui scellent le sort du monde. Je veux dire, je me souviens d'eux comme s'ils m'avaient giflé hier. Et il faudrait te prévenir des bourrasques et de leurs autours, des trombes qui percent le ciel, et des nuages qui s'enroulent sur les lucioles de mes falaises. (Moi Peter Pan, en correction)

Il allait revenir ! Il reviendrait ! Bientôt. Le plus dur étant d'attendre son retour, bien entendu. Impatiente, dans le sillage d'une étoile qui filait jusqu'au matin, j'ai retrouvé Peter. Un Peter toujours aussi acide et doux, toujours autant tiraillé entre sa carapace et son cœur fondant, mettant sur ses peurs, dites d'enfant, des idées ordinairement attribuées aux adultes. Car le Peter Pan de Michael[2] a étrangement mûri pendant ces années éternelles passées au Pays Imaginaire. Il nous parle comme le ferait un ami cher, sans concession, avec une énorme tendresse, impatient et attentionné à la fois. Il ruisselle comme un coffre aux trésors, scintille à l'instar de précieuses gemmes, griffe quelques fois telle une bague au chaton vide, illumine souvent de son rire claironnant et de ses mots.

Les mots, parlons-en, des mots. Michael en est un magicien, sûr qu'il bénéficie de la protection de quelque muse charmeuse.

Les mots qui nous touchent, car ils nous correspondent. Ils nous heurtent quand ils sont employés contre nous. Chaque mot est une force.

Et les mots de Michael sont forts, d'une poésie précieuse tant on la rencontre peu, de nos jours. Il dit d'une façon magnifique ce que beaucoup ressentent[3] sans avoir le don d'y poser quelques paroles que ce soit, il fait rêver, il fait pleurer, il bouleverse[4]. Superbement. Intemporellement.

Un être peut n’avoir fait que passer dans ta vie, il peut avoir marqué au tison l’envers de ta carcasse, l’important, ce n’est ni lui, ni toi. L’important, c’est cette toile tissée entre vos deux âmes, ce tableau immatériel sur lequel vous aurez peint tous vos échanges. L’important, c’est ce lien. C’est pour cela que nos âmes sont sœurs, parfois, car elles sont ficelées de toutes nos vérités. Elles racontent ce que nous sommes par l’action de notre pinceau [...] Ce que tu es trouve ses fondations dans ce que vous avez tissé.

Tu penses que l'enfant qui est en toi est mort ? Ou tu refuses qu'il le soit ? Ou tu veux que de nouveau vous ne fassiez qu'un ? Lis-le, lis Moi, Peter Pan.

Notes

[1] site qui n'existe plus, ce qui est une honte et un scandale. Voilà, c'est dit

[2] ou le Michael de Peter Pan, à ce point de l'histoire, on ne sait plus trop faire la différence

[3] en tout cas moi...

[4] même pas cherché des coquilles, c'est dire !

15/01/2017 11:40

Kappa16 (Neil Jomunsi)

Kappa16 Comme d'autres, j'ai assisté à la conception et à l'assemblage des premières pièces de Kappa16, une journée de février 2015, au cours d'un voyage sans fin, une circumnavigation, un combat avec les mots et le temps. Quelques heures — vingt-quatre — et mots plus tard, le prototype était opérationnel, une « science-fiction robotique » mais « Pas forcément la meilleure chose que j’aie jamais écrite » d'après l'auteur. C'était aussi mon avis quant à ce premier jet.

Pourtant l'abord était intéressant : histoire d'un robot, particulièrement autonome, du point de vue du protagoniste lui-même. Comment ça, les intelligences artificielles n'ont pas de conscience ? Pourtant entre la découverte de sa probable localisation chez Homo sapiens et les travaux de Stanislas Dehaene, elles ne sont pas loin d'en être pourvues. Faire entrer ainsi le lecteur dans la peau, tout artificielle qu'elle pût être, d'un robot s'annonçait comme la promesse d'un beau voyage. Sauf que, patatras, le cours de la vie de Kappa16 faisait voler en éclat les préceptes du maître de la robotique[1]. Damnède, non, non, non, ce n'est pas possible ! M'enfin, un auteur a bien le droit d'écrire ce qu'il veut, la lectrice n'est ni obligée de lire ses histoires, ni de les aimer.

Quoi qu'il en soit, après quelques mois d'affinage, de peaufinage, de polissage, d'améliorations, d'amendements et de réécriture, le Kappa16 nouveau était né, chez Walrus[2]. Et je dois dire que la maturation du droïde a eu du bon. Enoch, le robot de modèle Kappa16 dont il est question, prend de l'épaisseur et de la profondeur et devient le héros d'une histoire résolument humaniste. Curieux pour un robot, n'est-ce pas ? Écoutez-donc ce qu'il dit :

À force de vivre en compagnie d’un autre, on finit par adopter des comportements mimétiques. Je sais cela. Je fonctionne de la même manière : j’observe, je copie. Je suis une machine à reproduire.

C'est bien le mécanisme de l'apprentissage par imitation ou de l'empathie ou la base de la relation. Certes, ce n'est pas uniquement humain mais plus généralement animal. N'empêche. De plus, une fois sa faute commise[3], l'androïde passe, comme tout un chacun, par une phase d'introspection, douloureuse, solitaire, sombre, très sombre, et il en sort victorieux de ses propres turpitudes. Et peut-être davantage... humain. Curieux d'ailleurs, que notre esprit ne puisse imaginer des androïdes autrement qu'anthropomorphes quant à leur apprentissage et à leur psyché[4].

Comme l'histoire est imprégnée de shintoïsme cher à l'auteur

En japonais, #MOTTAINAI décrit le regret devant le gâchis, la désolation face à la dépense utile — d’argent ou d’énergie —, la tristesse liée à la vanité de nos actions irrémédiablement vouées à l’échec et à l’oubli.

Kappa16 constitue un plaisant manuel de philosophie personnelle.

Notes

[1] Isaac Asimov

[2] Comme dit Valery, c'est presque de l'autoédition ^^

[3] parce qu'il n'est pas parfait, malgré les talents de son créateur et que donc il est faillible, malgré ce que dit Asimov

[4] oui, j'ose...

02/01/2017 07:02

Sanctum Corpus (Olivier Saraja)

Sanctum corpus Sur une Terre qu'on imagine post-apocalyptique, au sein d'une ville où l'administration des citoyens règne, dans une atmosphère de « 1984 » où la nanotechnologie est reine du contrôle des actes et des corps de chacun, un improbable trio de héros se forme. Viktor, scientifique expérimenté, précipité dans les bas-fonds de la cité au cours d'une prétendue attaque d'envahisseurs extra-terrestres. Un peu paumé, un peu bêta, il est totalement inadapté à la vie des marginaux. Fathya, héroïne au long passé de hackeuse rebelle, le prend en charge dans sa fuite. Louie, enfin, un renégat, chef de guerre au sein de la rébellion. Leur mission est de rendre à la ville son humanité perdue.

On trouve dans cette histoire des ingrédients classiques de science-fiction : la technologie poussée à son extrême, la dictature par quelques élites, des envahisseurs, des mensonges d'état, des combats, pas mal de radioactivité. Le trio de héros, bien campé sur ses trois éléments — le scientifique indispensable, la technicienne géniale et le militaire politique — fonctionne bien, malgré une histoire d'amour banale dont on ne saisit pas l'intérêt.

Le style est aussi épais que la poussière du désert environnant la cité, ce qui tend à renforcer l'atmosphère pesante de l'époque où se déroule l'histoire.

Bien sûr, la mission sera un succès, après quelques batailles titanesques, et le dénouement, bien que particulièrement atroce, est empreint d'optimisme, au contraire de Spores, première œuvre de fiction publiée par Olivier.

C'est un court récit, dense, sombre, qui s'illumine juste avant le point final. Il offre un excellent moment d'évasion.

14/02/2015 16:17

Manuel d'écriture et de survie (Martin Page)

Manuel d'écriture et de survie Ce petit livre rouge de Martin Page raconte le parcours initiatique d'une jeune écrivaine, guidée par son mentor. Le récit prend une forme particulière, une correspondance. Une correspondance particulière, puisqu'on ne lit que les lettres de l'auteur en réponse à celles de l'écrivaine. Cette forme épistolaire asymétrique donne à l'œuvre une densité autobiographique savoureuse. Les écrivains aguerris — ou pas — y retrouveront certainement tous les aspects de leur métier, les plus jouissifs comme les plus détestables. Pour ma part, j'y ai surtout lu des motos, des mantras, des évidences que peut faire siennes n'importe quel être humain doué d'une sensibilité relativement... humaine. Un auteur peut vraiment tout dire, sous couvert d'une récit vaguement fictionnel — très vaguement, ici — pousser les gueulantes les plus communes contre la société, les gens, le système, ou énoncer les recettes les plus simples pour se sentir bien, et ça passe beaucoup mieux que si c'était M. Lambda sur un trottoir, au micro. de n'importe quel média.

Quelques sentences :

La liberté se trouve dans notre capacité à remettre en cause les représentations données par la société, et à nous approprier les valeurs moquées ou dépréciées.

L'humour est une affaire de malades, de dépressifs et d'hypocondriaques. Il est le symptôme d'un rapport compliqué au monde en même temps qu'une tentative de résolution. C'est la médecine épicurienne d'une condition humaine dont on ne peut guérir [...] C'est une manière d'avoir et de donner du plaisir.

La tendresse et le douceur ne devraient pas être des vertus tournées en ridicule.

Le style est très parlé — après tout, une correspondance n'est qu'une conversation écrite — fluide, mais semble parfois tomber dans un travers partagé par beaucoup : le rythme ternaire. Malgré cela, l'ouvrage est agréable et rapide à lire.

Cependant, un épisode m'a choquée. L'auteur indique qu'il a lu une des lettres de sa correspondante à haute voix à sa compagne. Comme par la suite, il n'est pas fait mention d'une quelconque réaction de la jeune écrivaine, je suppose que l'auteur n'a pas réalisé la portée de son geste : une correspondance entre une autrice en devenir et un écrivain me semble fondée sur une confiance absolue. La donner en pâture à qui elle n'est pas destinée est pour moi particulièrement déloyal. Même si nous pouvons nous régaler d'échanges épistolaires entre écrivains célèbres, comme ceux de George Sand et Alfred de Musset.

25/01/2015 23:16

Ératosthène (Thierry Crouzet)

Ératosthène Je crois me souvenir que j'ai fait la connaissance d'Ératosthène chez Denis Guedj alors que je lisais Les cheveux de Bérénice. Je l'ai ensuite retrouvé chez Albert Barillé, ainsi qu'Archimède, son contemporain. En revanche, je n'ai jamais entendu parlé de son crible[1]. C'est donc avec grande curiosité que j'ai commencé la lecture du roman de T. Crouzet.

Première surprise, le récit est au présent, balayant en cela les préceptes des prof. de français conventionnels[2] : comme l'explique l'auteur dans les notes de rédaction, dit Journal[3], ce n'est qu'à la huitième version du roman, onze ans après la première écriture, que ce temps s'est imposé. Il me submerge, à tel point que les premières pages me sont difficiles à lire, les phrases sont très courtes, hachées, comme la parole de celui qui ne sait pas respirer : ce texte me pompe l'air ! Ça tombe bien, c'est ce que voulait l'auteur — « J'imagine un premier chapitre essoufflant pour le lecteur » dit-il toujours dans le Journal. Le temps présent m'immerge dans l'histoire — et l'Histoire — chronologique, linéaire, de ce savant bien plus grand que je ne le supposais de prime abord. Par contre-coup, ma lecture est lente, quelques pages par jour, qui correspondent peu ou prou à un chapitre, bref et dense, tous étant du style « Point de vue de », même si la pensée d'Ératosthène est développée dans presque tous.

Deuxième surprise : je n'ai jamais autant souligné de passages dans un livre que dans ce roman[4], et je ne crois pas être la seule. Le texte est aussi riche que la vie de son héros, tout autant éclectique et pleine, tout aussi actuelle.

Troisième surprise : j'ai été déçue de ne pas retrouver l'Ératosthène que j'avais déjà rencontré mais touchée par ce philosophe si... humain.

Quand je lis un roman historique, je me demande toujours ce qui est avéré ou probable et ce qui est imaginaire. Ce trouble gâche mon plaisir et affaiblit l'œuvre. Comment éviter ce piège ? Plutôt que multiplier les notes, il faut avoir une exigence de vérité dans le moindre détail.

Je me suis posé la même question que l'auteur et il est difficile, tant l'écrivain est devenu son sujet d'écriture, de discerner où est la vérité, où est la personnification dans l'histoire de cet Ératosthène-là. Le récit suit la chronologie de la vie du Grec, dans son époque — là, je suis sure que tous les faits de la grande Histoire ont été vérifiés avec soin, du moins dans les traces qui sont parvenues jusqu'à nous — dans son monde en ébullition. Probablement parce qu'il ne reste que peu de témoignages contemporains, des solutions de continuité parsèment l'histoire : par exemple, il est dit qu'Ératosthène n'écrit plus de poèmes, alors que jamais précédemment, il n'en a été question. Plusieurs cassures apparaissent ainsi, déstabilisantes, d'autant plus que le temps du récit est le présent.

La facette de l'Ératosthène savant est à peine montrée, soit à travers de son expérience de mesure du globe terrestre, soit à travers les lettres qu'Archimède lui envoie[5], soit lorsqu'il dirige la grande bibliothèque d'Alexandrie. Je (re)découvre qu'il a inventé la géographie et je bois comme du petit lait son discours en faveur du généralisme — on dirait éclectisme, de nos jours[6] : je ne peux m'empêcher de penser que l'auteur s'est fait son protagoniste. Ou l'inverse.

D'autant plus que l'Ératosthène politique est très actuel, et ne fait que dire à lignes hautes, ce que l'auteur a déjà exprimé par ailleurs :

Si nos promesses n'ont plus de valeur, notre civilisation n'a plus d'avenir

Quand on offre à tous le fruit de son travail, nul ne songe à vous plagier et les œuvres se fécondent.

La bipolarité semble inscrite au plus profond de notre humanité.

Le commerce ? C'est l'autre nom de la guerre.

Il a découvert une loi immuable dans les sociétés humaines : tout pouvoir fort a besoin, sous lui, de pouvoirs instables exigeant des affrontements constants pour leur conquête et leur préservation. Ainsi, les oligarques défendent la démocratie parce qu'elle occupe le peuple à se choisir des représentants de pacotille.

En Alexandrie, la bibliothèque seconde notre mémoire. D'autres fonctions tout aussi essentielles seront à leur tour placées hors de nous. Cette machine à calculer en est la preuve incontestable. Quand cette idée aura fait son chemin, notre humanité changera de visage. (comment ne pas penser à Michel Serre et Petite Poucette)

Cet vision de la politique est bien évidemment abreuvée par le philosophe qui a rapidement abandonné le stoïcisme, dans lequel, semble-t-il, il se sentait étriqué, pour embrasser un courant de pensée plus large : le sien. C'est un aspect du personnage qui m'a particulièrement séduite : le refus d'être classé, catalogué ; le besoin de rester unique — pour ne pas se perdre de vue ? — l'indispensable volonté de ne pas être comme les autres de son temps. Et de toujours avancer vers la découverte, la tentation de connaître sa vérité :

Il peut argumenter cette position : tantôt le hasard nous guide, tantôt la nécessité nous détermine, mais parfois nous choisissons notre route et cela nous procure une sensation de toute-puissance insurpassable.

Je suis convaincu que nos œuvres, en ajoutant des points dans le paysage, augmentent notre bonheur mutuel. Faire est une exigence de l'homme libre.

Tu es libre, suis ta route. Ne t'occupe pas de ta destination. C'est en cheminant que tu apprendras.

Le hasard est aveugle à nos désirs. Voilà pourquoi je ne peux être sérieux. Nous vivons une gigantesque farce.

Le bonheur a besoin du changement. Il n'est complet que si le changement sert la communauté.

Cependant, le personnage qui m'a le plus touchée est l'Ératosthène humain, simplement humain, pétri de compassion et d'amour pour l'humanité en général (et Bérénice et Arsinoé en particulier) :

Ébloui par la manifestation éclatante de cette chose, ou plutôt de cette force : la joie, l'insouciance, la pureté, la satiété. Peu importe son nom, elle n'a rien d'invisible ou d'indicible, elle n'est pas, comme le supposait Platon, cachée dans les replis d'une réalité supérieure, elle éclabousse la vie même de son emprise. Ne pas la ressentir reviendrait à s'anéantir. Il faut de temps à autre s'en gorger, pour avoir le courage de traverser les moments noirs de l'existence.

Leurs bonheurs respectifs s'entretiennent l'un l'autre, telles deux plantes grimpantes enlacées.

Il me suffit de te lire pour savoir que je t'aime.

Accepter la dépendance ne réduit pas la douleur qu'elle entraîne.

Si un jour on me demande « Qui aimeriez-vous être ? », je pourrai répondre : « L'Ératosthène de Thierry Crouzet.»

Notes

[1] Si j'étais mathématicienne, ou formaticienne, ça se saurait.

[2] Définition de l'imparfait, à apprendre par cœur en quatrième : « C'est le temps du récit. » Fermez le ban.

[3] Présent uniquement dans la version numérique

[4] Sauf dans GoT, mais c'est une autre histoire.

[5] Lettres peut-être imaginées, je n'en sais rien

[6] chapitre 69 : Expert de rien

01/11/2014 12:29

Twelve (Michael Roch)

Twelve J'ai fait la connaissance de Michael Roch, l'an dernier, aux alentours de Noël, alors que Le Morse offrait L'anthologie interdite[1] : dans le paquet cadeau, un lapin, non de Pâques — ce n'était pas la saison — mais de Michael. Et puis, un 22 octobre, c'est Twelve qui est offert par le patron[2].

« C'est fou le nombre de conneries qui peuvent nous traverser le crâne lorsqu'on essaye de chasser une idée fixe, lorsqu'on fait tout pour effacer l'inoubliable, lorsqu'on souhaiterait que tout disparaisse autour de nous, que le monde explose, mais que rien ne se produise, et que ce qui a été fait ne pourra jamais être défait. Je ne veux pas me tirer une balle au petit matin sur le bord de mer. Je veux me venger. Je veux trouver le salaud qui a détruit ma famille et ma vie. Après, seulement, je m'occuperai de mon cas. »

Au premier abord, on peut penser que Twelve est simplement un thriller, il commence d'ailleurs ainsi : un gars, super-flic de son état, qui veut se venger de l'assassinat de sa famille. Il a bien une petite idée de qui est responsable : un indice bizarre, qu'il s'est empressé de subtiliser, a été laissé par les auteurs. Croit-il. Croit-il ? Quoi qu'il en soit, guidé par ce minuscule fragment de plastique, il met Miami « à feu et à sang », comme le lui reproche son futur ancien coéquipier. Même si c'est mal de vouloir se faire justice soi-même surtout lorsqu'on est flic. Toutes les éminentes figures de la pègre locale, celles contre lesquelles il luttait déjà en tant que flic, y passent : le chinois tenancier de casino, la maquerelle rangée des voitures[3], l'escroc français, le cubain propriétaire de bains privés et enfin le Père, chef de la bande. Et c'est tout ? Euh, non, pas vraiment. Sinon, ça ne serait qu'un scénario banal d'un remake de série B, décliné à l'infini.

La théorie du complot s'en mêle, puis le fantastique. Ah, le fantastique ! Je ne peux y résister. Dans sa course à la vengeance à travers la ville, John Twelve Griffin — l'autojusticier, le héros donc — croise de bien étranges personnes, bien plus étranges que les malfrats locaux : un ange vaguement gardien, se dissimulant tour ou tour sous les traits d'une voyante ou d'un clochard aveugle[4] ; un gardien d'immeuble à qui la NSA n'a rien à envier et qui révèle à notre héros qui il est et d'où il vient, lui qui se sort des situations les plus létales comme on sort de sa douche, qui voit ses blessures disparaître le temps de quelques battements de cœur, lui qui n'est pas sans rappeler Walgänger. Et il est bien dommage que le livre soit dans la catégorie One shot chez Walrus, parce que j'aurais bien lu la suite, moi, tant la fin me laisse sur... ma faim, parce que j'aurais bien aimé savoir comment Twelve va s'occuper de son cas.

Notes

[1] Qu'il faudra que je me décide à chroniquer...

[2] Walrus est une étrange maison d'édition, qui fait des cadeaux aux lecteurs le jour de l'anniversaire de son directeur éditorial et gérant.

[3] ahem...

[4] mais non, ce n'est pas antinomique.

26/10/2014 12:43

Wictorius du futur, saison 1: Wictorius contre le Canard Déchaîné (Gulzar Joby)

Wictorius contre le Canard Déchaîné, saison 1 Wictorius est un agent secret international, qui vit dans un Brazil particulièrement futuriste. Dans la première saison de ses aventures, il a pour mission de lutter contre ce qu'il croit être un individu, qui casse le weby à grands coups de fausses nouvelles destinées à terroriser l'humanité. À bord d'un village volant, mode de transport lent mais pittoresque, il se rend en Europe, en Suisse plus précisément, où le Canard Déchaîné — le fameux terroriste — est censé résider. Il découvre une Suisse éternellement aristo., se fait capturer comme un bleu, se perd en France, rétive à tout progrès technologique, finit par rentrer chez lui, n'ayant pas accompli sa mission et se réfugie finalement dans le cocon accueillant où il a passé sa jeunesse.

Le style n'est pas transcendant, la narration souvent poussive. C'est probablement une satire — à la OSS 117 ? — des James Bond et autres John le Carré, une critique acerbe des intégristes technophiles et des conservateurs inébranlables, avec de très nombreuses références, dans les noms des personnages ou des lieux, à la littérature SFFF et à Internet, et quelques réflexions philosophiques individuelles.

Malgré ce cocktail, j'ai été désappointée par la série — je n'ai relevé aucune citation digne d'être remarquée — déçue par le manque de profondeur de traitement des sujets sérieux, par l'humour et l'ironie censées constituer le genre de l'histoire — probablement parce que je suis insensible à ce type d'humour-là. L'histoire ne m'a pas transportée ni fait rêver : elle ne laissera pas un souvenir inoubliable dans la liste des œuvres qui m'ont marquée.

18/10/2014 10:00

Chalk (Freddy Woets)

Chalk

Chalk, c'est l'histoire d'un mec. Un peu couleur insipide passe partout, un peu paumé, un peu à la fin de sa vie tranquille pépère. Il vient de tout plaquer — femme, boulot, vie confortable — et prend du bon temps à traîner dans les bars. Contre toute attente, dans ces bars où s'échouent les mecs qui n'ont plus rien à perdre ni à gagner, il y rencontre une fille ensorcelante, au premier sens du terme. Et un dragon !

Chalk, c'est donc l'histoire d'Alfred, élu par la sorcière et son copain de dragon, pour détruire l'abomination qu'est devenu CHALK, un logiciel au départ destiné à créer la vie rêvée d'humains, mais qui en a assez de ce rôle et qui veut s'incarner. Rien que ça. Et il le fait. Et le tissu de la réalité s'altère, oh bien légèrement, imperceptiblement : un microtrou ici qui crée, comme de bien entendu, des failles spacio-temporelles ; un tout petit repli par là, un infime nœud plus loin. Abreuvé de Chaos Essentiel, dont il s'est pris de larges rasades au Bord Extrême de l'Univers, CHALK semble ne vouloir s'incarner uniquement pour connaître... l'amour, hé oui. Comme quoi...

Dans sa mission de chevalier blanc sauveur de l'humanité passée, présente et à venir, Alfred, semble bien seul, cornaqué par le dragon et sa comparse, et trouve quelque renfort inattendu auprès de personnages aussi fades et loosers que lui, alors que CHALK continue son œuvre qu'il croit être dévastatrice. Cette histoire pourrait être une illustration de plus de la lutte du bien et du mal, si la fin ne mettait tout le monde en accord : seules comptent les relations humaines, y compris entre des entités qui se sont humanisées, seuls comptent l'affection et l'amour, en fait.

Ce que j'ai aimé :

  • le style, dansant, virevoltant, très poétique (et donc parfois difficile à suivre) avec de nombreuses évocations de poésies célèbres :
    • Et il sait le vin sur ses lèvres avant la première gorgée, le parfum des roses en automne, les doigts d'une femme sur sa peau...,
    • L'automne paie d'or la douceur de l'été, dans l'eau tranquille du canal Saint-Martin. Les feuilles volettent, les pages se tournent, passe le temps... Les doigts enlacés, nos âmes émues se parlent en silence,
    • Tout n'est plein ici bas que de vaine apparence, (Jacques Vallée des Barreaux, La vie est un songe) ;
  • les personnages — fantastiques ou contemporains _ leurs forces et leurs doutes ;
  • les vérités universelles, intemporelles, distillées comme un Talisker :
    • Toi, ce n'est pas un début, c'est l'éternité,
    • (elle) a tout de l'astéroïde des confins. L'indifférence feinte est sans doute inscrite dans le chromosome XX, même celui des entités...,
    • Il n'y a pas que le vin bu et les amantes repues, le parfum des roses s'en va l'hiver venu... Mais les arbres restent et l'amitié a l'odeur du bois.,
    • ce pauvre type est amoureux et je sais ce que c'est et si tu savais ce que c'est, tu saurais ce que c'est souffrir comme un gueux ! ;
  • l'épilogue, si doux et si tendre.

Ce qui m'a déplu :

  • l'histoire n'est pas assez fouillée, elle laisse beaucoup trop de champ à la capacité divinatoire du lecteur ;
  • dans la même veine, les personnages sont à peine croqués, pas assez fouillés ;
  • le résumé, en début d'ouvrage, casse tout le suspense (non, ce n'est pas incompatible avec le premier point) ;
  • techniquement, que Calibre ou Sigil trouve des erreurs dans le fichier epub : NumerikLire est pourtant un éditeur sérieux :/

05/10/2014 22:18

Je suis ton père (Alexandre Jarry)

Je suis ton père, épisode 1

Plusieurs fois, dans ma TL, sont passés des avis plutôt favorables à Je suis ton père. Un premier épisode gratuit, et en avant pour la découverte, sans trop de risques. Et puis, une iréférence clairement affichée dans le titre de la série et des épisodes à SW, ça ne devait pas être trop mal. Le style d'écriture est rigolo, avec quelques tournures de phrases nécessitant un ou deux relecture : ce n'est pas gênant. Une déconvenue : l'épisode est bien trop court. C'est donc l'histoire d'un mec donc la femme est enceinte et qui se prend pour un futur papa, paraît-il. Et c'est de l'humour, paraît-il encore. Je n'ai pas accroché. Du tout. Je n'achèterai pas la suite.

J'ai retiré de ma lecture le même sentiment que celui que j'ai lorsque des mecs disent qu'ils seraient bien enceints pour nous décharger, nous les femmes, de ce fardeau qu'est la grossesse. C'est particulièrement machiste, comme attitude, sous couvert de féminisme au mieux, d'égalitarisme, au pire. Enlever aux femmes la seule chose qui fait leur fémellité.

« Hey, mais détends-toi, c'est de l'humour, de l'humour » Grumpfbl.

Waldgänger (Jeff Balek)

waldganger.jpg J'ai un appart. à Yumington, sur les quais, depuis bientôt deux ans. Et il est difficile d'avouer que je n'ai jamais pris de temps d'y mettre les pieds. L'époque « Urban » a filé sans moi, et c'est sans m'en rendre compte que l'époque « dark urban » a pointé le bout de son nez et de ses flingues. Si tu as suivi le lien précédent[1], tu as compris que j'ai plongé dans l'univers de Wadlgänger[2]. Véritable plongée, en quasi apnée tant j'ai été happée, transportée par l"histoire ce héros, vraiment pas comme les autres, loin s'en faut. Impossible de quitter plus de quelques heures ces quelque six cents pages (me dit ma liseuse) tant la narration est efficace, « tourneuse de pages », tant le récit est haletant, extrêmement riche, prenant.

Un personnage principal, ancien militaire de son état, gravement blessé au combat, empli de haine, de violence, d'esprit guerrier — « C'est un être archaïque, reptilien, qui surgit en moi. Un âme mauvaise et assoiffée de mort. ». Une ville américanoïde, avec ses quartiers bourges, ses quartiers chics, et ses bas-fonds — Yumington, donc — populaires, populeux, vivant de trafics, d'embrouilles, de business, Yumington, verrue purulente que le gouverneur de la ville aimerait bien voir disparaître pour de bon (et pour installer des quartiers bobo au passage). Jusque-là, c'est bien, mais sans plus, pas de quoi se précipiter chez son libraire préféré pour acquérir l'ouvrage[3]. Sauf que. Le militaire a guéri miraculeusement après avoir été en contact avec un objet bizarre, il lui semble qu'il a des pouvoirs — inhumains — mais lesquels ? Il faudra attendre la toute fin de l'histoire pour en saisir toute l'étendue.

Au début du récit, on a de la compassion pour W. — Blake, pour le commun des mortels : il est mal en point, se remet difficilement de ses blessures, revient innocemment mais difficilement à la vie civile qui lui fait d'horribles « cadeaux », devient un « loup solitaire » (ou presque). Puis il commence à devenir antipathique, avec cet air de Monsieur je sais tout, je prévois tout, je suis inaltérable[4] attitude de qui doit faire face à quelque chose qui le dépasse complétement. C'est alors qu'il accepte son nouvel état, éclairé par son mentor. On aimerait bien qu'il devienne chevalier blanc , il n'est que le rouge, qui porte la guerre, la provoque — parfois bien malgré lui — l'organise même, pour le plus grand soulagement des habitants de Yumington. Dans une trame de thriller classique — corruption des édiles, quartier pouilleux à assainir, lutte du entre le bien et le mal — des ingrédients ésotériques viennent relever à un haut niveau l'histoire de ce mec paumé. Il serait bien présomptueux d'affirmer avoir tout saisi de ce récit richissime, porté par un style percutant et efficace, où se mêlent philosophie et vie quotidienne, histoire de l'humanité et banalité urbaine, pensées hautement intellectuelles et brutes épaisses.

Quelques passages que j'ai relevés :

  • « Halluciner son existence est la seule voie pour celui qui ne veut pas se tirer une balle. »
  • « Nous nous heurtons tous aux parois invisibles de nos illusions. »
  • « Peut-être faut-il mourir pour éprouver une telle sensation de liberté. Mourir socialement et disparaître. Devenir invisible aux yeux des vivants. Ne plus dépendre de qui ou de quoi que ce soit. Arracher les chaînes qui nous lient inéluctablement les uns aux autres. N'être plus rien. Se calciner. »

Ce héros, qui ne veut pas prendre partie, dit-il, pour l'un ou l'autre camp, qui désire garder son libre arbitre, qui sent qu'il est le jouet de forces qui le dépassent et qu'il essaie néanmoins de s'approprier, ce héros donc, finira par prendre un parti, malgré lui, celui de l'humain. Jusqu'à la fin, on y croît. Jusqu'à ce qu'il relance la roue de l'histoire, de la lutte incessante entre le bien et le mal : lutte indispensable pour l'équilibre du monde ?

Notes

[1] Et le titre du billet, ou alors tu es particulièrement distrait.

[2] Petite précision sémantique : le héros se surnomme Waldgänger, c'est même le titre du livre, dis-donc. Et pas *Le* Waldgänger. Et donc je parlerai *de* et non *du* W. Sauf exceptions, bien entendu.

[3] Sauf si on est très très accro. aux militaires défouraillant au moindre bruissement d'une aile de papillon ou aux cours des miracles urbaines

[4] c'est plutôt vrai, mais pas tout le temps.

27/09/2014 22:12

Jésus contre Hitler (Neil Jomunsi)

j-vs-h.png Alors que le Projet Bradbury débutait sa vie, Walrus faisait paraître le dernier épisode (et l'intégrale) de Jésus contre Hitler. Profitant des largesse de l'éditeur, je me suis offert, pour le Noël suivant, l'épisode 1 et je m'apprêtais à acheter l'intégrale lorsque survint le Ray's Day et l'occasion de bénéficier ce jour là de la générosité de la maison d'édition. Bref, JvsH ne m'a rien coûté, ce qui va m'obliger d'user de moyens honteux — et donc inavouables — pour que l'auteur puisse déguster des bretzels au petit-déjeuner.

Ceci étant posé, quel est donc cet OÉNI[1] ? D'abord, vous prenez Chapeau melon et bottes de cuir, Les mystères de l'ouest et X-files et vous secouez. Très énergiquement. Encore plus que ça. Vous laissez à peine reposer et ajoutez, en larges rasades, une grande diversité de mythes et légendes, millénaires, exotiques ou littéraires. N'ayez pas peur de touiller ensemble zombies, magies noires, Cthuluh, Yéti, forces occultes (n'hésitez pas à forcer sur la dose), super-héros, militaires, agence ultrasecrète, amour (si si), Dante, des Ninja (enfin, surtout une), et surtout énormément de relations humaines, d'amitié et, n'osons pas peur du paradoxe, d'humanité. Vous aurez alors une vague idée de ce que vous vous apprêtez à dévorer. Parce que, bien sûr, vous ne pourrez vous empêcher de passer à la page suivante, de vous plonger dans l'épisode d'après et, à la fin du dernier, de vous écrier Alors, la suite, c'est pour quand !?[2]

Mais encore ?

Une histoire de bons qui luttent contre le mal absolu. Le premier épisode est, somme toute, assez classique[3] : présentation des personnages, révélation ou plutôt confirmation qu'il s'agit bien du Jésus, petit même, à côté de son acolyte, militaire chevronné, quelquefois désobéissant néanmoins[4], mission menée à bien, avec juste la dose de suspense qu'il faut pour ne pas s'ennuyer. Donc bien, mais pas plus. Dans le second épisode, l'auteur s'offre le plaisir de se vautrer dans l'univers d'un de ses écrivains préférés, H. P. Lovecraft. Avec des vrais monstres, à côté desquels Hitler est un méchant d'opérette, de l'horreur horrible, des situations totalement inextricables dans lesquelles on craint maintes fois de perdre les héros : ils sont quatre, maintenant, dont une héroïne malgré elle, qui se fera bien discrète par la suite. Le récit est un peu moins linéaire que dans le premier épisode, univers lovecraftien oblige, et malgré tout l'humour est très présent : en particulier, le sort réservé à Cthulhu est particulièrement comique. En tout cas, il m'a fait bien rire et m'a rendu le monstrueux poulpe plutôt sympathique[5]. Le troisième épisode nous transporte au Tibet, dans l'antre d'une créature mythique, que l'on sait être parfois bienveillante si l'on a lu Tintin. Cependant, poussée à des actions désespérées par la *onnerie humaine, elle se ligue avec le grand méchant pour sauver son peuple. Dans ce troisième acte, apparaît également une bien curieuse protagoniste, au comportement étrange, dont l'attitude devrait éveiller bien des soupçons : dotée de capacités formidables, elle n'est qu'une enjôleuse traitresse. Et puis l'abominable homme des neiges, l'impensable survient : un des héros disparaît ! J'ai ressenti la même tristesse infinie que si j'avais été soumise à l'effet du visi-sonor manipulé par Le Mulet. Le dernier épisode voit les principaux protagonistes encore valides partir à la rescousse du disparu. C'est très simple : il suffit de se faire emporter en Enfer, rien que ça ! Et c'est tellement fantastique et fantaisiste (au sens de la SFFF), que c'est inracontable...

Entrainé dans un récit aux prémisses linéaires, on se laisse prendre par un déroulé de plus en plus emberlificoté : rien ne sert de résister — on passerait à côté de l'histoire — il suffit de se laisser porter par les méandres tortueux de l'imagination de Neil qu'il a réussi à dessiner en mots. Écrite avant le Projet Bradbury, la saga porte déjà en germe le style précis, pas encore ciselé mais déjà bien profilé, qui s'épanouira à travers les prochaines 52 nouvelles. J'aime toujours autant la façon dont sont traités les personnages féminins, l'imagination « young adult », l'humanité que l'on trouve dans les œuvres de Neil Jomunsi.

Notes

[1] Objet Écrit Non Identifié.

[2] Pour bientôt, si j'ai bien tout suivi ici

[3] Si tant est que l'intrigue le soit...

[4] Il n'est qu'un humain, après tout.

[5] Et Dieu Jésus sait que j'ai une horreur viscérale des monstres.

24/09/2014 19:41

Adultère (Paulo Coelho)

adultere.jpg C'est le deuxième ouvrage de Paulo Coelho que je lis, le premier ayant été, bien entendu, L'alchimiste. Le souvenir que j'en ai c'est de n'avoir rien compris au propos de l'auteur[1] et la sensation qu'il m'en reste, c'est d'avoir été déçue. Je ne dirais pas que pour Adultère, c'est pareil, mais la déception est tout autant là.

L'histoire est racontée essentiellement sous forme de dialogues ou de monologues : le style est donc léger, presque oral, à peine écrit et il est parfois difficile à suivre. Sauf lorsque l'auteur se lance dans de grandes tirades philosophiques et spirituelles : l'écriture semble alors bien plus travaillée.

Lorsque j'ai commencé à lire, je me suis sentie prise d'une frénésie de souligner un bon nombre de phrases, d'en faire des citations à placarder ici ou . Et à force de souligner[2], je me suis agacée : étais-je en train de relever des vérités universelles ou des lieux communs ?

  • « Tâchez de vous laisser porter par la nuit de temps en temps, de regarder les étoiles et de tenter de vous enivrer de la sensation d'infini. La nuit, avec tous ses sortilèges, est aussi un chemin vers l'illumination. De même qu'au fond du puits sombre il y a l'eau qui étanche la soif, la nuit, dont le mystère nous rapproche de Dieu, porte cachée dans ses ombres la flamme capable d'allumer nos âmes. »
  • « Voyez-vous un problème dans ma vie ? Aucun. Seulement la nuit qui me fait peur. Le jour qui ne m'apporte aucun enthousiasme. Les images heureuses du passé et les choses qui auraient pu être et n'ont pas été. Le désir d'aventure jamais réalisé. »

Certes, rien de transcendant. Des évidences donc, ou des paroles que j'ai souvent entendues de la part de proches à un moment où ils venaient me confier leur mal-être.

D'autres exemples ?

  • « Aujourd'hui au travail, j'ai fait preuve d'une irritation anormale, seulement parce qu'un stagiaire a mis du temps à trouver ce que j'avais demandé. Je ne suis pas comme cela, mais je me sépare de moi-même. »
  • « La nécessité de faire plaisir à tout le monde. »
  • « Nous ne montrons pas nos sentiments parce que les gens pourraient nous juger vulnérables et en profiter. »

Qui n'a pas entendu ça ? Ou ne l'a jamais dit ? Personne. Cela m'a profondément remuée.

Quant au déroulé du récit... J'avoue que j'ai été à plusieurs reprises à deux lignes de laisser tomber le bouquin[3] Le discours est poussif, s'emmêle dans des répétitions. J'ai persévéré, par curiosité probablement. Certes, il s'agit de retranscrire la phase d'introspection d'une femme — jeune, la trentaine — qui ne sait plus si elle est heureuse ou pas — objectivement, d'un point de vue extérieur, elle l'est[4] — qui tente de s'écarter du chemin tout tracé que semble dessiner sa vie pour, éventuellement, voir si l'herbe ne serait pas plus verte sur la voie de traverse. On y trouve quelques scènes porno., dont on se demande ce qu'elles font dans l'histoire sinon attirer le voyeur ou la voyeuse ; des discussions sur la jalousie, ou le sens de la vie de couple : que du très banal. Et puis une scène, où l'héroïne va enfin avoir l'illumination, recevoir la révélation : cet épisode, intense, n'est raccroché à toute l'histoire que par un simple prétexte ; il aurait pu trouver sa place dans un tout autre récit, que le fond n'en aurait pas été changé. À sa suite, à la fin de l'aventure, on retrouve la principale protagoniste heureuse de continuer à vivre sa vie « d'avant ».

Les œuvres de Paulo Coelho sont essentiellement des contes initiatiques, où la spiritualité tient une grande place. Oui, cette femme a progressé — par essais, erreurs ? — non, elle n'est plus la même qu'avant son aventure, elle a muri, grandi, évolué. Oui, oui. Mais j'ai été très déçue par la façon dont son histoire a été racontée.

Tout ça pour ça ?

Notes

[1] probablement parce que j'ai moins de deux neurones.

[2] numériquement, je te rassure !

[3] mais pas ma simili-liseuse !

[4] mais personne n'est dans la tête de personne, n'est-ce pas ?

21/09/2014 18:12

Merci pour ce moment (Valérie Trierweiler)

merci-pour-ce-moment.jpg

Oui, bon, je l'ai lu. Bien que je n'aie pas l'habitude de me jeter sur le dernier best-seller[1] venu. Peut-être parce que j'ai lu des articles qui ne parlaient pas que des bonnes feuilles. Bref, je l'ai lu. Oui, bref, parce que comme dit Neil Jomunsi, ça se lit vite.

Le style est celui de quelqu'un qui parle à bâtons rompus, qui vide son sac ; proche du langage oral, sans ses défauts. On passera sur les coquilles (huit d'après Bescherelle ta mère) et on ira lire l'explication de leur présence. Pour ma part, « électrocution » (en lieu et place d'électrisation) me reste quand même en travers de l'œil, surtout sous la plume d'une journaliste (même si elle est spécialisée dans la politique). Le style est donc tout à fait adapté au genre du livre — confession, confidence, témoignage — dont une romancière aguerrie aurait pu faire un très très bon roman.

Mais c'est un récit brut de fonderie, dans lequel deux courants s'entremêlent, que l'on a parfois des difficultés à suivre tant la chronologie est peu respectée. Le premier thème — premier, parce qu'il apparaît à l'évidence que c'est bien la motivation principale de l'autrice[2] — aborde l'aspect psychologique d'une femme amoureuse délaissée. Le portrait qu'elle fait d'elle est sans concession, à tel point qu'elle se rend particulièrement détestable à mes yeux : amoureuse de l'amour et non de l'être prétendument aimé, désirant passer avant toute chose qui le concerne lui, désirant qu'il soit à l'écoute de ses désirs de femme aimée et non l'inverse (ou la réciproque). Ce n'est pas ma définition de l'Amour et les traits qu'elle s'attribue dessinent tout ce que j'exècre chez la femme (ou l'homme) qui dit aimer. Elle se dit sincère, et je la crois quant à la douleur qu'elle a ressentie et son besoin de la jeter sur le papier. Quant à la véracité du portrait, que j'aimerais avoir des doutes...
L'autre pan de l'histoire est consacré au monde politique dans lequel l'autrice a évolué pendant dix-huit ans. Outre les piques et anecdotes parue dans la presse dans la rubrique « bonnes feuilles » — n'ayant de bonnes que le nom — ce qui y est narré est stupéfiant, non pas qu'on ne le savait pas, mais surtout qu'on n'y croyait pas, le fameux « Trop gros, passera pas. ». Et pourtant... Il semble que ce qu'elle a écrit soit vrai. En tant que citoyen, doué d'une vague conscience politique du bien commun, on n'a qu'une envie : que toute cette engeance, quelles que soient les idées dont elle se revendique, dégage vite et bien fait. Cependant, même si je la pense sincère dans les faits et les mots qu'elle restitue, je discerne un manque d'honnêteté intellectuelle, un défaut d'analyse, en particulier à propos des « petites phrases » sur les pauvres ou les handicapés : pourquoi, dans le récit, elle n'indique pas si elle a insisté pour savoir si elle avait bien compris ou non, ce qu'il est résulté de ses questions ; bref, pourquoi elle n'a pas fait son boulot de journaliste politique (qui, même mis sous le boisseau, semble être sa raison de vivre professionnelle) ?

En conclusion, c'est un récit qui me met mal à l'aise parce qu'il laisse quelques importantes questions en suspens :

  • comment une journaliste politique qui exerce son métier depuis dix-huit ans peut-elle être à ce point stupéfaite par le comportement de certains de ses collègues et d'une partie des médias ? Elle devrait pourtant bien connaître ce milieu, ne pas se bercer d'illusions (je suis du sérail, il me laisseront tranquille). Je reste ébahie devant un tel aveuglement[3] ?
  • comment la personne qui partage la vie d'un chef d'état peut-elle faire passer ses propres désirs égocentrés devant « l'intérêt général »[4] ?
  • et surtout pourquoi faire paraître cet ouvrage maintenant, en cette période particulièrement troublée pour le gouvernement et celui qui dirige le pays ? Pour déclencher un sursaut salvateur, ou une révolution ? Je n'ose imaginer que cela soit uniquement pour qu'il arrête de la harceler à coups de multiples SMS[5]...

In fine, ce récit, s'il est sincère, ne me paraît pas honnête bien qu'il ne décrive qu'une comédie humaine bien banale.

Notes

[1] Expression jamais autant appropriée.

[2] Oui, je tords le cou à la règle de féminisation de noms de métier.

[3] Oui, l'amour rend aveugle, je sais...

[4] Réflexion de bisounourse idéaliste : j'assume.

[5] Suffit de changer de numéro de téléphone, non ?

24/08/2014 13:46

Projet Bradbury : impressions

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Le projet Bradbury (PB, pour les intimes) — qui n'en est plus un puisqu'en cours de réalisation, un peu moins de la moitié, un peu plus du tiers, au moment où j'écris ces quelques lignes — a été lancé en août 2013 par un écrivant — comme il le dit lui-même, ayant fait sienne la formulation de Martin WincklerNeil Jomunsi, un des noms de plume de Julien Simon — et un anagramme aussi... L'auteur a pris à la lettre les conseils de Monsieur Ray Bradbury : « Écrire un roman, c'est compliqué : vous pouvez passer un an, peut-être plus, sur quelque chose qui au final, sera raté. Écrivez des histoires courtes, une par semaine. Ainsi vous apprendrez votre métier d'écrivain. Au bout d'un an, vous aurez la joie d'avoir accompli quelque chose : vous aurez entre les mains 52 histoires courtes. Et je vous mets au défi d'en écrire 52 mauvaises. C'est impossible. »

Neil a eu l'excellente idée de proposer l'aventure à qui voulait bien s'abonner au projet et recevoir ainsi, en avant-première, une nouvelle chaque semaine. Un peu comme, en d'autres temps, on découvrait les romans de nos grands littérateurs publiés par épisode dans les journaux quotidiens. Et bien sûr cela lui permet de ne pas rester seul face à chaque nouvelle, de ne pas être tenté de la corriger, amender, modifier incessamment jusqu'à la rendre méconnaissable, puisqu'une fois parue, elle est à nous, lecteurs ; de recevoir des avis, critiques et impressions à chaque publication et d'avancer moins solitaire jusqu'à la prochaine station.

Je me suis abonnée en septembre. Et puisque l'auteur nous invitait dans son antre, je me suis autorisée à lui faire part de mes impressions, ci-dessous retranscrites, à partir de la septième nouvelle (par ordre antichronologique). D'autres avis sur le Projet Bradbury chez Natalia, Deidre, Jartagnan et Tulisquoi.

Les détails des nouvelles est ici et le bilan, .

Lire la suite...

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